ECHORHIZOMES
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Novembre 2007 nations") :
- Une saison sans réelle importance - Agencement et ajustement rhizomatique entre: Jean
Marie Mathoul [www.48cameras.com]:
Texte
33 pages. Merci.
Extrait ( sans les "illuminations") :
Ainsi gît Carl, le ventre enflé, l'oeil bleuté. Longtemps il a cru qu'il suffisait d'avoir le ventre rond & le regard absent pour vivre seul & mourir heureux. Longtemps il a rêvé. Les Dieux n'ont cependant pas souhaité sa perte. Sa voix n'a pas porté bien loin. Carl... Il n'a pas de glandes sudoripares. Il ne pue pas mais gonfle... Il n'est ni médecin, ni apothicaire. Carl vit au jour le jour. Carl boit. Il gonfle mais n'a pas de ventre... Carl souhaite la mort de ses ennemis. Carl, ses reins, ses os, ses humeurs, son être inachevé... Carl habite une maison tapissée de peaux d'iguanes, de papier huilé & de soie. Chaque matin, il en orne les murs du produit de sa chasse et de sa pêche. Ses trophées puent rapidement. Il lui faut alors s'en débarrasser, en changer & cet acte l'emplit d'un embarras toujours croissant. Carl vit à la lisière d'une forêt de très grands arbres. Leurs ombres portent jusqu'à sa masure, pavillon informe. Leurs voix mêlées portent bien plus loin encore. Leurs voix couvrent les plaintes de Carl. Dans son délire, Carl, l'Ecorné, prend les cieux à témoin. Il leur raconte son enfance, celle qu'il prétend avoir connue. Cette enfance qui repose désormais sous les salissures, les mots de mai, les chiures de mouches ; parmi les baraques. Carl raconte malgré tout ses livres d'images, ses puzzles, l'odeur des figues l'été, celle des marrons grillés l'hiver, les reptiles qui vivent vieux, le nid sous la pierre, le cri du nouveau-né dans la chambre désertée. Ainsi disserte l'Ecorné. Ainsi se languit-il d'un paradis illusoire... Carl est laid & puissant. Sa méchanceté est redoutée. Carl cloue les corneilles aux portes des granges & cherche désespérément un moyen d'assécher l'étang. Les lourdes carpes le haïssent pour cela. Toutes craignent la vibration de son pas. Les lourds bisons laineux le craignent tout autant & évitent autant que possible de croiser sa route. Le Bison lui donne pourtant tout ce dont il a besoin. Sans lui, il ne serait rien. Sa maison est tapissée de fragments de sa peau. Sa dépouille constitue son lit, sa couverture, ses vêtements même. Il est dans la nuit le battement du tambour, vivant et saint. Sa peau devient gourdes. Sa chair lui donne sa force quotidienne, devient chair de sa chair, nourrit ses étrons. Rien de lui n'est perdu. Son estomac distendu, une pierre chauffée au rouge à l'intérieur, lui procure le chaudron. Ses cornes, des cuillères. Ses os, des couteaux, ainsi que des alênes & des aiguilles. Ses côtes, des traîneaux. Ses tendons, les cordes de son arc & le fil. Ses sabots, des hochets pour des enfants à venir. Son crâne puissant, un autel sacré. Sans le bison, jamais Carl ne survivrait. Le Haï évite ses semblables. Il est ainsi fréquent qu'il entreprenne un long détour afin d'éviter la ferme du laboureur, son plus proche voisin. Celui-ci habite au-delà des collines & plus loin encore. Ses enfants sont nombreux & beaux. Sa femme est fidèle. Le Haï le jalouse & le craint tout à la fois. Son membre désire la femme du laboureur. Son membre est tumeur. Carl. Le relief bien particulier aux endroits de son corps, sa doublure, ses chutes et ses manquements. Tous ces phénomènes, ces histoires épuisantes à raconter, tellement longues à entendre. Les traces humides aux endroits de sa taille, là où la chaleur est forte. Ses urines, ses pertes & ce sont là toutes ses archives, terrassées, qui se complètent. Mutilé, il acquiert la pleine maîtrise de ses organes. Souvent Carl suit le cours de la rivière, frappant le sol de son bâton. Il ne s'y baigne cependant jamais. Carl craint maladivement le froid & ne quitte jamais ses vêtements, même pour un court instant. Carl craint le froid & même au coeur de l'été, s'habille chaudement. Son manteau est souillé de graisse animale. Le bas de son pantalon est taché de suc végétal. Carl empeste l'urine & les odeurs fortes. Jadis Carl eut un chien dont l'histoire n'a pas retenu le nom. C'était un animal efflanqué, sombre & vicieux, tout aussi cruel que son maître qu'il suivait tel son ombre, ne se laissant au grand jamais distraire par la fuite d'un lapereau ou l'envol d'une poule d'eau. Ce chien sera longtemps le seul ami de Carl. Tous deux se ressemblaient d'ailleurs beaucoup. Carl le pendra un jour de profonde tristesse. C'est précisément ce jour qu'il décidera de prendre femme. Carl se montre exigeant quant au choix de sa compagne. Il commence par la sculpter dans un bloc de glaise. Ses doigts sont habiles et se meuvent avec aisance. Mais la terre sèche bien trop rapidement au soleil & le corps entier de sa promise se flétrit inexorablement. Carl s'empare alors de son couteau & s'attaque au tronc d'un arbre mort. Il sculpte les jambes longues & effilées. Le ventre plat. La taille fine. Les seins lourds & laiteux. Le visage lui prend un temps fou. Il hésite ainsi longuement sur le choix des pommettes. Le tracé des lèvres ne lui prend par contre qu'un court instant. Au moyen de très petits clous, il fixe enfin sur le crâne soigneusement poli une chevelure faite d'algues sèches & s'estime satisfait de son travail. Il lui pratiquera ensuite aux flancs de multiple incisions à trois côtés dont il écartera les lèvres – au moyen d'une paire de pincettes ou peut-être d'un spéculum – afin d'y répandre une huile très fine et pénétrante, la paraffine la plus simple. Ainsi, il alimente de livre des respirations et déjà parcourt & s'installe. Il conviera son épouse dans leur maison commune, la barque de son père. La sèche. L'installe. S'assure que rien vraiment ne pourrait venir à lui manquer. L'enveloppe dans un chandail trop grand. Cherche dans la mousse un masque pour ses yeux, ou mieux encore un linge creusé par le gel. Cherche dans les combles où et de quoi elle pourra poursuivre un rêve très ancien. Dehors, l'hiver touche déjà aux persiennes et aux capots de voitures. Un autre hiver, une saison sans réelle importance. L'emploi de ce corps, de ses drains. Sa respiration s'alimente d'un souffle devenu bien difficile. Ses pontes, comme ses organes, réduites à la difficulté même de l'instant. Chaque matin, Carl aide sa jeune épouse à quitter le lit & à gagner la table. Il dépose ensuite devant elle de petits raviers emplis de baies fraîchement cueillies, de noisettes, de graines de sésame, de lait dérobé au ventre de chèvres sauvages. Nourriture qu'il lui faut d'abord mâcher ou rouler longuement en bouche avant de la porter aux lèvres exsangues de sa compagne. Carl ne fut sans doute jamais aussi heureux qu'à cette époque, son sperme se mêlant à la sève. Chaque matin, Carl se réveille mammifère énorme et coloré, comme pénétré au cours de son sommeil. Et comment il marche & se touche au ventre à défaut de posséder de petites lèvres. .../...
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-- Dernière mise à jour / Last
update: 08/08/2008 --